Les associations de cultures

par Lore | 05/03/2021

Association de cultures, mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Lorsque l’on parle de nouvelles méthodes agriculturales en maraîchage il y a un terme qui revient souvent, l’association des cultures. L’idée est assez simple, faire pousser côte à côte des légumes différents ce qui n’est rien d’autre que du biomimétisme : dans une forêt ou une prairie naturelle, vous verrez des arbres, des fleurs, des plantes variées pousser les unes à côtés des autres.  Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement dans le domaine du maraîchage ? Pourquoi fait-on des associations, comment les choisit-on ? Dans ce petit article on va essayer de vous aider à y voir plus clair dans tout ça !

Avant toute chose, il faut noter que l’idée d’associer les cultures a une raison d’être très pragmatique : gagner de l’espace. Un des grands enjeux du maraîchage sur petite surface est de produire beaucoup sur une surface réduite. Comme nous vous l’avions déjà signalé dans l’article sur les semis, nous utilisons différentes méthodes pour optimiser les zones de culture, les associations sont une de celles-ci. Sur nos planches de cultures, les espacements entre chaque légume sont longuement étudiés. Dans l’agriculture conventionnelle, ces derniers sont pensés à partir des gabarits des machines, comme nous n’avons pas cette contrainte, nous pensons uniquement aux limites des plantes. Ainsi, nous allons laisser 50 cm entre chaque chou simplement parce que l’on juge que c’est l’espace minimum pour qu’ils puissent se développer pleinement sans se gêner, lorsqu’on parle de plus petites plantes, comme le persil par exemple, cet espacement entre deux mottes va tomber à 11 cm seulement. Mais que viennent faire les associations là-dedans ? Tout simplement à combler les trous ! Comme la nature, le maraîcher a horreur du vide. Entre deux choux, espacés de 50 cm qui mettent des mois à se développer, on peut glisser d’autres plantes qui vont se développer très vite et occuper l’espace entre les choux tant que ces derniers n’en ont pas besoin, comme des salades par exemple ou des aromatiques qui ne resteront dans le sol que quelques semaines.

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Ici, entre les choux on retrouve du mesclun que l'on coupe jeune

Vous voyez que la temporalité des légumes, le cycle de développement sont très importants à avoir en tête. On comble les espaces en prenant en considération le fait que chaque légume a besoin d’une place différente selon son stade de développement. Par ailleurs, tous les végétaux n’utilisent pas les mêmes espaces. Par exemple, les carottes ont surtout besoin de place sous la terre puisque ce sont des légumes-racines tandis qu’une salade a besoin de plus de place en surface. Une association peut donc aussi se réfléchir dans ce sens, mettre côte à côte une culture qui va monter très haut (des haricots, des fèves) et une culture qui va descendre dans le sol (carottes, panais…).
En un mot, on peut dire que les associations de légumes se réfléchissent dans l’espace et dans le temps pour permettre au maraîcher de gagner… De la place et du temps !

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Les fèves grimpent, les carottes plongent et les échalottes se faufilent sur les côtés

Une autre question qui se pose quand on parle d’associer des cultures, et qui n’est pas la plus simple, c’est les services et les aides que les plantes peuvent se rendre entre elles. En effet, certaines plantes ont besoin par exemple d’un peu d’ombrage alors que d’autres ne supportent pas d’être privées du moindre rayon de soleil. Il peut être intéressant alors de mettre la plante la plus craintive sous l’autre pour qu’elle profite un peu de son ombre. Par ailleurs, certaines plantes ont des vertus très utiles. L’ail par exemple a des propriétés fongicides donc contre les champignons, l’associer à une culture qui est sensible à ces derniers c’est lui offrir une protection naturelle en plus (comme avec la tomate). Il y a aussi les fameuses plantes fixatrices d’azotes, capables en d’autres termes de capter l’azote et de le rendre disponible pour les autres, l’azote étant un élément important dans le développement des végétaux. D’autres plantes peuvent également attirer les insectes qui ravagent nos légumes et leur fournir de la nourriture le temps que leurs prédateurs naturels viennent nous aider à minimiser les dégâts… Bref, les plantes peuvent aussi s’aider entre elles. Pour autant, ces sujets demandent de grandes connaissances en botaniques et surtout, souffrent d’un manque de recherches et de données disponibles sur le sujet. Il est donc important d’expérimenter, d’essayer, d’échanger sur le sujet mais d’accepter aussi qu’il y a encore des débats et des questionnements possibles sur les associations qu’on connait. Et surtout, ce ne sont pas non plus des formules magiques, vous n’aurez pas nécessairement une réussite de 100% et c’est normal !

Un intérêt des associations de culture : le désherbage ! Et oui, un des enjeux de ce type de maraîchage c’est de ne pas perdre trop de temps à désherber (ce que l’on fait entièrement manuellement, sans utiliser de produits). L’idée est donc de travailler sur la prévention et de limiter le développement des adventices (les plantes que l’on ne veut pas sur la zone de culture). La meilleure méthode reste de ne pas leur laisser de place. Associer des cultures qui se développent à des vitesses différentes et avec des ports plus au moins massifs c’est faire en sorte de couvrir le sol le plus longtemps possible pour empêcher ces adventices d’avoir accès à la lumière. Par ailleurs, cette volonté de recouvrir le sol permet également de ralentir son dessèchement, d’empêcher son lessivage lors des pluies etc… Bref, associer les cultures c’est également, avec la gestion des espacements, un outil de travail du maraîcher pour préserver son sol et son énergie !

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On commence les premières coupes sur l'aneth qui n'a laissé de place à personne d'autre qu'aux choux !

Attention cependant, si on a parlé des avantages et des possibilités offertes par les associations de cultures, il y a aussi les limites imposées par les plantes. Ainsi, il faut éviter au maximum de mettre deux plantes de la même famille botanique ensemble. Pourquoi ? Ces dernières risquent de se faire concurrence puisqu’elles ont les mêmes besoins nutritifs et elles ne se développeront donc pas bien. Pire, sur le long terme, il faut essayer de ne jamais mettre la même famille botanique toujours au même endroit et pour la même raison : les plantes risquent de vider le sol des éléments nutritifs qui leurs sont favorables mais aussi et surtout d’attirer les champignons, les insectes, les maladies qui leurs sont néfastes (les insectes vont naturellement revenir une fois qu’ils auront repéré qu’ici il y a leur nourriture préférée). Par ailleurs, il faut garder en tête qu’une association peut être ratée, si les végétaux ne se développent pas à la vitesse prévue (erreur de calcul, conditions favorables ou au contraire mauvaises etc.) il y a le risque qu’une culture prenne le dessus sur l’autre et donc que, par exemple, vos carottes à côté de vos choux n’aient jamais le temps de se développer.

Enfin, la dernière limite de tout cela demeure la limite humaine. Certaines associations peuvent être bénéfiques pour les plantes mais un calvaire pour les maraîchers. Ainsi, certaines plantes ont besoin par exemple qu’on les couvre d’un filet anti-insectes ou d’un voile de forçage contre le froid, les associer avec des cultures grimpantes qui demandes du tuteurage c’est s’exposer à des manipulations complexes voire à de la dégradation des filets et voiles. Bien évidemment, pour tout ça, on ne s’en rend souvent pas compte avant d’avoir essayé !

Associer les cultures c’est donc avant tout une démarche pragmatique de la part des maraîchers pour pouvoir produire plus sur petite surface, pour gagner du temps et de la place, tout en respectant les végétaux et la vie du sol. Pour optimiser les associations il est important de connaître les cycles de vie des végétaux, les besoins, les propriétés et les dangers encourus par chaque plante. C’est une pratique exigeante qui mériterait des études précises et sérieuses. En attendant, le champ de l’expérimentation est ouvert !

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