Construire son projet

par Lore | 01/19/2022

Bonjour à tous.tes !

Il y a peu nous avons discuté avec la Ceinture Verte de notre parcours, du chemin qui nous avait mené aujourd’hui à être porteurs d’un projet en maraîchage. Cette conversation nous a fait réaliser comme, en deux ans, notre projet a évolué, pris des virages plus ou moins importants. On a alors pensé que ce serait intéressant de partager cette expérience avec vous, pour ceux qui comme nous ont un projet en tête ou sont simplement curieux. Bien sûr, nous en sommes encore au début de notre projet et il ne s’agit pas de tirer des conclusions sur ce qu’il faut surtout faire ou ne pas faire. Nous dressons juste un constat de cette évolution avec un peu de recul.

Notre projet est né, comme beaucoup d’autres, d’un rêve, d’une vision très idéalisée de notre futur métier. Bercés par des récits d’un retour à la terre idyllique, nous rêvions presque d’une vie digne d’Une petite maison dans la prairie : une grande maison sur nos terres, construite et alimentée de manière écologique, de nombreux animaux… Petit à petit, nombreuses de ces images se font défaites ou ont évolué.

Paysage avec palmier et roses rouges au premier plan

Vous la voyez, la petite maison dans la prairie ?

Tout d’abord l’idée d’avoir notre maison sur le terrain. Au début, cela nous apparaissait comme la seule solution possible, il fallait que notre domicile soit collé à nos champs pour que nous puissions en profiter au quotidien, être au plus proche et quelque part faire de cet espace notre vrai cadre de vie. Avec le temps cependant on a réalisé que si cette solution avait de nombreux avantages, elle avait aussi des inconvénients et qu’en faisant la balance des deux, ce n’était pas le modèle qui nous correspondait. Ne pas avoir notre maison sur notre ferme c’est nous autoriser à couper réellement. Le matin aller travailler, le soir rentrer chez soi, sortir de son lieu de travail et ainsi séparer physiquement notre vie privée de notre vie professionnelle. Lorsque l’on monte ce genre de projets, on entend souvent le terme de passion et on accole alors forcément la notion d’investissement total. Bien sûr qu’on ne se lance pas dans un tel projet si on n’en a pas réellement envie, si on n’est pas animé par quelque chose de fort (une envie de changer de vie, de participer à la transition écologique, de redynamiser les campagnes, une passion pour le monde végétal ou autre) cependant, cela ne veut pas dire que c’est la seule chose qui nous définit. Nous croyons sincèrement que l’on peut s’investir à fond dans notre projet tout en ayant d’autres centres d’intérêts, que l’on peut être maraîcher mais aussi avoir une vie sociale, des passions, une vie de famille etc. Accepter que notre maison ne serait pas forcément sur notre ferme c’était aussi accepter qu’aussi important que notre projet puisse être il n’était pas notre seul et unique objectif d’accomplissement.

Papillon se reflétant dans un miroir

Et oui, on a tous plusieurs visages ;)

De même, nous avons renoncé, du moins pour l’instant, à être propriétaires de notre parcelle. Nous exploitons actuellement des terres sur lesquelles nous avons un prêt d’usage et cela nous convient parfaitement. A l’origine pourtant, nous tenions absolument à être propriétaires. Mais pourquoi ? C’est un rendez-vous au Point Accueil Installation qui nous a fait cogiter sur ce point. En agricole, il existe des modalités de location qui protègent fortement le producteur et lui assurent de ne pas pouvoir être éjecté de ses terres tant qu’il les exploite. Alors, pourquoi chercher à tout prix à être propriétaire quand on a peu de fonds pour accéder au foncier ? Être propriétaire n’était pas essentiel pour réaliser notre projet, cela n’était pas un critère en réalité quand on comparait à ce qu’on attendait de notre ferme. C’était une simple construction que l’on s’était faite. En renonçant à cela, on s’est ouvert beaucoup de portes et on a finalement trouvé un lieu sur lequel on se sent bien. Nous ne pensons pas que tous les porteurs de projet doivent renoncer à la propriété, simplement se questionner sur pourquoi ce critère est tout de suite mis en avant. Y-a-t-il une vraie nécessité ou est-ce simplement un réflexe ?

Par ailleurs, lorsque nous avions imaginé notre projet, on voulait qu’il soit « parfait » dès le début : avoir des animaux pour boucler les cycles de fertilité, penser un système d’irrigation, de filtration et de récupération des eaux pour avoir une certaine autonomie, ne jamais utiliser de semences hybrides etc. On voulait que notre projet soit « irréprochable » d’un point de vue écologique. Si nous n’oublions jamais que ce projet nous tient à cœur parce que nous voulons participer à un changement écologique profond, nous avons aussi appris l’humilité. On ne peut pas tout gérer dès le début, mettre sur pied et rendre opérationnel un tel système dès ses premières années d’installation au risque de s’oublier de et se noyer sous la charge de travail mais aussi la charge mentale que cela représente. Alors on a décidé d’avancer doucement. Si nous restons intransigeants sur les points qui nous paraissent essentiels : pas de pesticides, pas de fertilisants chimiques, respect total de la vie du sol, complexification des systèmes, favorisation des prédateurs naturels etc., on a accepté que certaines choses devraient attendre. Nous n’avons pas les épaules actuellement pour avoir des animaux et gérer notre fertilité en cercle fermé. L’élevage est un métier à part entière dont nous n’avons pas les compétences et qui prend aussi beaucoup de temps, en décalage avec les temporalités du maraîcher. Est-ce que cela signifie qu’on renonce totalement à penser différemment la fertilité de nos sols ? Non, on se donne simplement du temps pour renforcer nos connaissances, nos compétences, installer un système de maraîchage fiable et ensuite nous prendrons le temps de requestionner cela. Comme le dit très bien Alexandre, nous avons réajusté nos curseurs. Afin de préserver notre vie privée et notre bien-être nous avons dû revoir un peu nos ambitions écologiques à la baisse. Ce n’est pas facile, on sait d’ailleurs qu’on subira sans doute des critiques mais on a fait un choix. Nous sommes prêts à prendre notre part tout en ayant conscience que le problème est bien plus gros que nous et qu’on ne peut pas tout changer tout seuls.

Vol de colibris

Le colibri oui mais pas seul !

Tous ces changements se sont faits sur le temps longs et plutôt en douceur. On a pris le temps, on a accepté aussi des regards extérieurs. Il peut arriver qu’on ne soit pas prêts à entendre les choses, qu’il faille du temps pour se poser les bonnes questions et savoir ce qu’on est prêt à changer ou non. La construction du projet nous apparaît comme un processus long mais formateur. Se confronter aux autres, aller parler avec des personnes qui ne sont pas a priori d’accord avec nous c’est aussi ce qui nous a permis de rendre notre projet plus solide. Le temps nous dira si nous avons fait les bons choix mais une chose est sûre : il n’y a aucune honte à changer d’avis, à faire évoluer son rêve. Pour nous, l’important a été de cibler tout de suite ce qui était essentiel à notre équilibre et d’ensuite moduler autour de ces axes. A chacun les siens : pouvoir être tranquille sur son exploitation, avoir ses weekends, pouvoir passer du temps en famille, travailler selon ses propres horaires, ne jamais utiliser d’engins motorisés, vendre à tout prix en direct ou au contraire ne pas prendre en charge la commercialisation… Qu’importe, il y a autant de projets que de personnes.

On espère que ce petit article permettra à d’autres porteurs de projet de se sentir moins seuls dans cette perpétuelle construction/déconstruction et on serait ravis d’en discuter. Nous ferons sans doute d’autres articles sur ce sujet, notamment pour évoquer l’importance de la co-construction, le rôle qu’ont eu les institutions pour nous etc.

Belle journée à tous !

A propos

Cultive ! est un projet de micro ferme en maraîchage biologique diversifié dans la périphérie de Pau.

Où nous trouver

  242 rue des Prés-du-Saligat, 64110 Rontignon

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